COMPTE-RENDU du CONSEIL DE TRAVAIL de RENATE À MALTE

 

Un Conseil de Travail de 21 membres, représentant 20 pays d’Europe + 12 personnes de l’Equipe et invités
Mont St Joseph – Maison de Retraite des Jésuites
5 – 11 novembre 2017

 

Malte ! Une île d’histoire, de stratégie et de beauté, un point de départ et un point d’arrivée, un tremplin parfois entre deux continents : l’Afrique et l’Europe.

Confrontée de nos jours à un afflux de migrants, comme nombre de pays méditerranéens, choisie pour chacun de ces critères pour notre Conseil de Travail (CT) 2017, nous y avons toutes vécu une semaine intense, riche de rencontres et d’apprentissages.

Chaque année, ce CT de RENATE a lieu dans un pays d’Europe pour faire le point, accueillir les nouveaux membres, et, avec eux, entériner la stratégie mise au point par le Groupe Moteur (GM) lors des rencontres Skype mensuelles et des réunions spécifiques, la dernière ayant eu lieu à Palerme, où le Plan Stratégique pluriannuel a été élaboré.

Chacune de nos journées est rythmée par l’Eucharistie, la prière commune, pour aborder les divers thèmes à la lumière de l’Esprit-Saint. C’est lui que nous avons invoqué ce lundi matin, avant d’accueillir les diverses personnalités qui nous présenteraient les aspects marquants de la lutte contre la Traite à Malte et la réalité de la migration. Nous avons entendu successivement : Mgr Charles J. Scicluna, Archevêque de Malte, Mgr Vella Directeur de la Commission Diocésaine des Migrants et Réfugiés, le P. David Cortis, pour la Conférence des Religieux à Malte, Mme Katrine Camillieri, Directrice de JRS Malte, Maryanne Gauci, directement impliquée dans la lutte contre la Traite dans l’Association APPOGG et enfin Mr Michael Farrugia, politicien, ministre des Affaires Intérieures et de la Sécurité Nationale. Un Forum a suivi, après la pause, avec questions-réponses et mouvements divers selon les déclarations du Ministre…

 

L’après-midi a été consacré à permettre au nouveau CT de créer des liens entre les pays, revoir les règles internes, le budget de l’année, les Rapports des pays 2016-2017 et le Plan Stratégique 2016-2021.

 

Mardi, nous avons d’abord examiné plus en détail le plan stratégique pour 2017-2018, et redit les relations entre les membres du CT et RENATE, puis mis à jour la liste des données relatives aux membres et leur confidentialité. L’après-midi, Gazmir a rendu compte de la participation de RENATE à la Plate-Forme de la Société Civile à l’Union Européenne, et Marie Hélène présenté les modalités de demande de Statut Participatif au Conseil de l’Europe. En effet, RENATE participe pour l’instant en tant que membre d’ANDANTE[1], mais notre souhait est de pouvoir devenir membre de la Conférence des OING sans dépendre d’ANDANTE. Le processus est long, et si nous voulons être acceptés en décembre 2018, le dossier doit être déposé fin février prochain. Nous avons ensuite évalué ces deux journées, et soumis nos suggestions au GM, par exemple de pouvoir entendre les nouveaux membres et leur souhait de se faire connaître du CT.

Le mercredi est la plupart du temps consacré à une découverte du pays où nous sommes : ses dispositifs contre la Traite des personnes, un haut lieu de pèlerinage et à une balade, le tout se terminant par un repas « folklorique » ! Nous sommes donc allées, après la messe à la Cathédrale, visiter « Dar Merhba Bik » le Foyer des Sœurs de ND de Charité du Bon Pasteur où nous avons reçu un accueil chaleureux et rencontré des résidentes… et de vieilles connaissances ! Après un temps à la grotte où Saint Paul a été retenu prisonnier après son naufrage, nous avons longé en nous promenant la côte, avant le repas dans un restaurant traditionnel, dans une joyeuse ambiance.

Le jeudi, nous avons commencé par les interventions de nos financeurs : la Fondation St Michael et Porticus, suivies d’un dialogue avec eux et de nos chaleureux remerciements : ils nous permettent une véritable mise en réseau et les ressources nécessaires pour l’accompagnement des personnes « survivantes » de la Traite, le travail sur le terrain, la sensibilisation… et la mise en place des « campagnes » pour le jour de la Sainte Bakhita, la Journée mondiale contre la Traite, Saison de la Création, etc. L’après-midi, nous avons écouté avec beaucoup d’intérêt les « nouvelles venues » nous expliquer leur travail dans le pays. Un vrai enrichissement pour chacune et pour le réseau. Elles étaient 9, représentant : Suède, Lituanie, Pologne, Portugal, Allemagne, Ukraine, Autriche, Hongrie, Espagne.

 

 

Et le vendredi, nous nous sommes attelés au projet de refonte du site web pour le personnaliser davantage, à la création d’une bibliothèque en ligne permettant un accès rapide aux documents qui concernent la Traite. Anne a présenté le travail de cartographie de la Traite des enfants dans7 pays d’Europe, travail encore en cours, et ses activités comme personne chargée de la communication. La politique de sauvegarde et de protection des membres de RENATE et des personnes accueillies et/ou accompagnées nous a été rappelée par Imelda, comme nécessaire pour nous, et exigée par les financeurs. Enfin, nous avons fait le point sur les mandats des membres du GM. En effet, les « fondatrices » arrivent au terme des deux mandats possibles, et doivent marquer un arrêt d’une année avant de se représenter si elles le souhaitent. Une possibilité d’envisager un renouvellement au service de la lutte contre la Traite et l’Exploitation en Europe.

 

 

Renate n’est pas seulement un joli prénom, c’est aussi l’acronyme d’un réseau de religieuses qui travaillent main dans la main pour en finir avec la Traite et l’Exploitation des Etres Humains, notamment en Europe. Ce réseau fait partie d’un ensemble mondial, appelé Talitha Kum, qui a son siège à Rome.

Il existe des réseaux semblables sur tous les continents, et chacune des personnes qui les composent est reliée à d’autres réseaux qui veulent, eux aussi, la fin de la marchandisation des personnes : femmes, enfants, hommes, exploités de plusieurs façons : pour le travail forcé, la prostitution, l’esclavage domestique, la mendicité forcée, le vol forcé, le prélèvement d’organes…

En effet, ce qui a changé depuis le temps de la traite des esclaves, c’est l’industrialisation du phénomène, un système bien rôdé, souple, sans scrupules, qui a pour but d’enrichir ceux et celles qui le mettent en place. Ce sont aussi les familles de pays pauvres, qui envoient ou laissent partir leurs filles dans les pays dits de destination pour gagner de l’argent. On dit que de plus en plus ces jeunes savent plus ou moins consciemment ce qui les attend, mais n’en mesurent pas les conditions et conséquences sur leur vie : leurs illusions s’envolent vite, aussi vite que l’argent promis qui passe dans d’autres mains.

En 2004, une première rencontre a eu lieu à Rome, initiée par Sr Eugenia Bonetti, qui avait côtoyé de longues années des jeunes Nigérianes, et se disait que les religieuses, présentes dans tant de pays du monde, pouvaient sûrement s’unir pour contrer ce phénomène grandissant. En 2008, l’Union Internationale des supérieures majeures a fait une Déclaration qui les engageait à lutter contre ce mal.

C’est en 2009 que RENATE a fait ses premiers pas aux Pays-Bas, l’Europe était le seul continent sans réseau contre la Traite. Le Réseau est né officiellement en 2011, et fonctionne depuis avec un « Groupe Moteur » de 8 personnes, un « Conseil de Travail » qui comprend un membre par pays européen où RENATE est présent (actuellement 20, bientôt 21), et une « Assemblée Générale » tous les 5 ans. Le Réseau est riche de près de 200 membres à travers l’Europe.

Vous pouvez consulter le site internet de RENATE : http://www.renate-europe.net. Il est en Anglais, mais un onglet situé tout en haut à gauche de l’écran permet de choisir une autre langue. Sur la droite, l’onglet Facebook rend aussi compte de tous les événements qui concernent la Traite des Etres Humains en Europe.

Pour ce qui me concerne, je suis membre de RENATE depuis sa fondation, envoyée par Sr Magdalena Franciscus (nommée Provinciale, elle ne pouvait plus participer de la même manière à la lutte contre la Traite) pour représenter la Province.

Membre du Groupe Moteur, je participe aux réunions par Skype tous les mois ; nous y abordons tous les points de l’ordre du jour, très variés, de la préparation des futures rencontres (formation, réunions du GM, rencontre du Conseil de Travail, Assemblée Générale, etc.) à l’accord d’un montant qui permettra à un des membres d’apprendre l’Anglais, notre langue commune, de financer un projet dans le Foyer où elle accueille des jeunes femmes ou une aide d’urgence pour tel ou tel besoin.

Avec une autre sœur, nous avons créé un groupe qui est devenu « RENATE – France », et regroupe toutes les volontaires – notamment en région parisienne – qui sont impliquées contre la Traite. Nous essayons surtout de sensibiliser les jeunes (collèges, aumôneries) et… les évêques. Nous aimerions intervenir un jeudi soir au Centre Sèvres, à St Leu, comme je l’avais déjà fait, il y a quelques années, le jour de la Ste Bakhita. Toucher aussi la CORREF… Les projets ne manquent pas !

Les liens existent aussi avec d’autres groupes, comme le Collectif contre la Traite du Secours Catholique, qui comprend 25 associations et notre congrégation NDCBP. Nous avons réalisé deux DVD sur la Traite des mineurs à Paris avec Guido Freddi ; Géraud Burin des Roziers a fait un film : « L’esclavage aujourd’hui en France » qui est passé sur la 5.

Plus le réseau s’élargit, plus les liens se créent entre nous, et plus nous pouvons accompagner les jeunes femmes ou les enfants qui veulent s’en sortir. A Malte, Doris, une jeune femme polonaise est venue me trouver pour me demander si j’accepterais de leur servir d’interprète par Skype : elles ont accueilli une femme qui ne parle que le Français…

Je ne veux pas terminer sans parler de RENATE comme « Maison de Prière », où nous voudrions inviter toutes les sœurs qui le souhaitent à prier avec persévérance pour que cesse ce mal ! Si chacune de nous disait chaque jour un « Notre Père » pour que Dieu - qui seul peut le faire – convertisse le cœur des trafiquants, Il se laisserait toucher !

« Notre Père… délivre-nous du mal »

Sr Marie Hélène Halligon, RGS

 

[1] Alliance européenne d’organisations féminines catholiques