Communautés transformatrices : la culture du discernement

 

« Il faudra beaucoup plus de discernement - une compréhension de ce qui est en jeu sur les plans spirituel, théologique, politique et économique - pour passer de l'idéal à sa traduction, dans le style de vie et dans le service. » [1].

Cette citation est fondamentale pour les communautés en transformation. Elle dit la capacité des communautés à passer de ce à quoi on aspire à sa réalisation dans la vie quotidienne. Dans un monde en transition, il est souvent plus sûr de vivre le concept adopté que de lutter pour le réaliser dans la banalité de la vie. Historiquement, les institutions religieuses et les communautés, qui sont devenues des leaders spirituels, ont tissé les aspirations qui témoignaient d’elles dans leur vie quotidienne.

Ilia Delio a déclaré : « discerner vraiment pour cette époque exige de nous tous une nouvelle ouverture sur ce qui se passe autour de nous et en nous. Contrairement à la pensée mécaniste, fermée et systémique du passé, nous percevons tout autour de nous de nouveaux horizons en expansion qui attendent notre réponse et notre engagement. » [2]. Cela témoigne de l'importance et de la réalité des communautés  transformatrices pour créer une culture de discernement.

Les communautés transformatrices ont au cœur, une passion dévorante pour participer

avec Dieu au processus créatif de transformation du monde.

Ces communautés incarnent le mystère de Dieu en tant que voie de transformation individuelle et collective. Dans un monde souvent défini par la volatilité, l'incertitude, la complexité et l'ambiguïté (VICA), les communautés transformatrices sont un catalyseur spirituel, un exemple de transfiguration. Par leur présence empreinte de compassion, ces communautés incarnent le difficile et pénible voyage dans l'inconnu, exposant sans compromis les traits de vérité, de justice et de compassion au milieu de cette réalité.

Dans des temps complexes, ces communautés comprennent la nécessité

de concentrer leur énergie et leur esprit sur leur propre régénération.

Dans le livre intitulé « Designing Regenerative Cultures », Daniel Christian Wahl écrit : « Une culture humaine régénératrice est saine, résiliente et adaptable ; elle se soucie de la planète et de la vie, consciente qu'il s'agit du moyen le plus efficace de créer un avenir prospère pour toute l'humanité. » [3]

La communauté transformatrice en son essence est spirituellement liée à toute la création de Dieu. Tous se sont engagés à former une communauté favorisant un niveau fondamental de discernement qui soutienne un processus émergent de vision de l'avenir. Il est reconnu que ce qui est accepté aujourd'hui peut changer demain. Ils vivent un processus de discernement réceptif plutôt que figé. La règle de cette connectivité par la communauté favorise la capacité de se régénérer en vivant les questions plutôt qu’en cherchant des solutions vite faites.

 

La croissance spirituelle des communautés transformatrices est enracinée dans l'exaltation

et la volonté d'aller de l'avant même dans l'incertitude décourageante du voyage.

Les mains ouvertes et parfois tremblantes, les communautés en transformation font l'expérience de Dieu dans le mystère de l'inconnu. Elles se concentrent sur des questions qui ouvrent leur cœur à l'expérience d'un esprit passionné et dynamique qui mène chaque étape sacrée. De cette manière, le pèlerinage spirituel se dévoile dans le mystère de la question, à travers un dialogue communautaire et des solutions souvent surprenantes.

Les communautés transformatrices tiennent compte d’un monde qui les invite à respecter la richesse de tant de cultures diverses et précieuses. Elles se félicitent de cette richesse spirituelle qui les encourage à passer par-dessus leurs préjugés inhérents plus ou moins latents, leur parti pris et leur évitement de l'autre. Le cœur ouvert, elles acceptent et reconnaissent leur propre disposition spontanée et la tendance à être fidèles à l’esprit de leur tribu.

Réfléchir ainsi profondément et honnêtement, admettre et reconnaître cette vérité, intensifient la soif de voir la beauté de Dieu dans la riche diversité culturelle du monde. De cette manière, les communautés en transformation augmentent et approfondissent leur « unité » avec toute la création. Il est important de comprendre que ce chemin est un pèlerinage qui se poursuit plutôt qu'un objectif que l'on atteint.

L’unité vit dans la recherche du mystère de la présence de Dieu dans les relations, l’environnement et le monde matériel. Le graphique ci-dessous montre l’unité de la présence créatrice permanente de Dieu. Chacune de ces composantes, lorsqu'elle est vécue, a une riche valeur spirituelle.

La beauté de notre environnement réside dans le déploiement du mystère de sa création, de sa majesté et de l’émerveillement qu’elle suscite, tandis que les biens matériels apportent esthétique et beauté à travers la variété de leurs contours, formes et réalités concrètes. L’unité avec les autres favorise une expérience précieuse et belle de l’agapè de Dieu pour chaque personne unique et diverse. En se lançant dans cette ‘expédition’, la communauté transformatrice fait l'expérience de la majestueuse omniprésence de Dieu. Comme le dit Goethe : « Tout ce que vous pouvez faire ou rêver : allez-y / l'audace a du génie, du pouvoir et de la magie » [4]. La caractéristique de la communauté transformatrice est de libérer l'énergie divine qui crée des manières mystiques de transformer la société par son « unité » avec toute la création.

Pour que cela émerge, les communautés transformatrices ont besoin de quatre processus contemplatifs critiques : présence, planification, action et adaptation pour créer une culture de discernement. Ces quatre disciplines sont essentielles car elles permettent à la communauté transformatrice de devenir résiliente, adaptable et durable dans un environnement en mutation.

 La plupart des modèles de discernement collectif remontent à une époque où un plan quinquennal pouvait suivre un processus étape par étape, de la vision à la mise en œuvre. Dans le monde bouleversé d’aujourd’hui, un groupe doit disposer d’un modèle de régénération lui permettant d’être résilient, adaptable et durable face aux changements soudains de son environnement. Le processus de discernement communautaire nécessite que ces trois capacités restent souples et capables de s'adapter rapidement aux changements sociétaux. Ainsi, se pose continuellement la question de ce qui change dans notre environnement et de l’impact sur la communauté et la mission. En même temps, ces communautés encouragent la réflexion sur la viabilité financière avec les partenaires et les collaborateurs du groupe. Ces quatre processus intégrés sont fondés spirituellement : vivre au point de rencontre du mystère pascal et de l'incarnation.

C’est un chemin spirituel profond qui conduit la communauté transformatrice dans le processus

de faire du neuf et à la fois de continuer à transformer tout ce qui est.

Dans un monde complexe, naître et changer continuellement ne sont pas séparés spirituellement, mais tissés ensemble. Ceux qui marchent dans cette voie sont comme des pèlerins qui se demandent sans cesse comment le processus de création de Dieu s’exprime dans un monde complexe. À la lumière de cette réalité, les communautés transformatrices discernent continuellement l'invitation à réévaluer et à changer leur vision du monde.

 

Présence contemplative :

La présence contemplative est une capacité. Elle est fondée sur l’ouverture et la réceptivité aux uns et aux autres. Cette capacité est essentielle pour nous diriger vers un monde interculturel et une communauté transformatrice. C’est apprendre à s’engager mutuellement avec son écosystème tout entier. Il valorise la présence d'une nouvelle manière alors que les communautés se tiennent entre deux pôles : la sécurité tribale et un monde de plus en plus diversifié sur le plan culturel. La présence contemplative est le développement continu de la capacité à rester ancré dans sa propre identité tout en étant réceptif et ouvert aux autres. Ces relations permettent aux communautés transformatrices de se régénérer, c'est-à-dire d'être ouvertes aux nombreuses bénédictions et aux défis d'un monde plus diversifié.

On en fait souvent l’expérience dans la vie. « Dans le monde d’aujourd’hui, nous souffrons d’un nombre record de luttes intérieures et extérieures et nous nous trouvons plus polarisés politiquement et spirituellement. Nous avons besoin d'un nouveau paradigme, d’une nouvelle approche du conflit. » [5] Au milieu des désaccords publics, la communauté transformatrice est appelée à une honnêteté sans jugement et à une présence à soi-même et aux autres. C’est le voyage spirituel clairvoyant : intégrer à la fois les démons collectifs et les dons qui témoignent d’une présence aimante et attentionnée.

Rick Hanson, dans « Buddha Brain », déclare : « Chacun de nous a deux loups dans le cœur, l'un d'amour et l'autre de haine. Tout dépend lequel nous nourrissons chaque jour. » [6] La rigueur de vivre dans un monde apparemment instable crée une tension et un stress intérieurs. En tant que communauté transformatrice qui contient la réalité de ces deux loups, elle s’ouvre à l’approfondissement des expériences spirituelles de guérison et de résurrection. Si la communauté ouvre son cœur à la vulnérabilité et à la réceptivité à la transformation et aux compétences nécessaires, l'expérience crée une capacité communautaire accrue à rechercher le bien commun. Au cours de ce cheminement spirituel, la communauté transformatrice devient une présence régénératrice et vivante pour faire face aux réalités complexes d’aujourd’hui.

Cette présence régénératrice survient quand on vit une perspective tridimensionnelle de soi, des autres et du commun. Chacune de ces dimensions a une perception spirituelle intérieure et extérieure. Dieu est toujours actif dans les entreprises de l'âme individuelle et collective. La présence consiste à être vulnérable et authentique, à marcher sur un chemin souvent périlleux en des temps complexes.

Ces perspectives intérieures et extérieures tissent une histoire ou un récit. La compréhension spirituelle de l’individu et du collectif est formée par la façon dont ils choisissent d’intégrer leur modèle mental, leurs hypothèses et leurs expériences dans une vision du monde. Quand une personne partage une idée, cela crée automatiquement une réponse à la fois au niveau individuel et communautaire.

La présence, c’est être attentif à la réaction

à plusieurs niveaux : soi, l’autre et le collectif

Comme le dit Otto Scharmer : « …lorsque vous passez de l'écoute empathique à l'écoute générative, votre écoute devient un contenant qui apporte quelque chose de nouveau dans une réalité qui veut naître. Vous écoutez le cœur ouvert ce qui est inconnu et émergent. » [7]. A ce niveau, être présent nous permet de discerner et de faire l’expérience de l’appel en développement de Dieu lorsque le nouveau naît à la fois dans l’individu et dans la communauté.

Divers problèmes mondiaux critiques ont une incidence sur notre vie quotidienne : catastrophes environnementales, traite des êtres humains et inégalité des revenus, pour n'en nommer que quelques-uns. Chacune de ces questions est l’occasion d’ouvrir notre cœur à une société blessée.

Les communautés transformatrices reconnaissent qu'il s'agit de problèmes complexes qui nécessitent de la persévérance, un engagement zélé et une réflexion contemplative pour les résoudre. Chacune de ces questions comprend un éventail de points de vue, de passions et d'opinions et de croyances souvent controversées. La présence est la base pour y remédier. C’est un cadeau essentiel qui permet aux individus et aux groupes de retenir le feu de leurs réactions émotionnelles en honorant l’autre dans une réflexion contemplative.

Quand on considère la présence contemplative, on tend à exalter la dimension positive. Le cheminement de la foi comprend également le traitement des blessures de la mission individuelle et collective. Dans son livre « le Témoin », Elie Wiesel déclare : « Kierkegaard a écrit que la foi devait être perdue et retrouvée. » Wiesel a remplacé le mot « perdu » par « blessé ». « À un moment de notre vie, nous devons être blessés pour être vrais. Un maître hassidique a déclaré : « Aucun cœur n’est aussi entier qu'un cœur brisé. Je crois qu'aucune foi n'est aussi complète qu'une foi blessée. » [8] Les communautés transformatrices sont enracinées dans une spiritualité intégrant l'incarnation et le mystère pascal. La présence régénératrice est la capacité de maintenir en tension l’énergie enthousiaste de donner naissance à du nouveau, tout en reconnaissant les blessures et les zones qui ont besoin de transformation. Cette présence régénératrice est la présence radicale modélisée par Jésus dans les évangiles.

Les communautés transformatrices doivent se déterminer à devenir leaders spirituels et catalyseur du changement social. Choisir de le faire nécessite un travail interne intense. Cela nécessite d'être régulièrement convoqué pour revoir les modèles mentaux, les hypothèses et la rigidité de leurs croyances, tout en étant présent et compatissant aux différences à la fois au sein et au-delà de leurs communautés. C'est une entreprise de grande envergure qui n’est pas pour les faibles de cœur.

 

Conception contemplative :

Cette entreprise commence par un design contemplatif. Le chemin de la conception contemplative n'est pas un processus de discernement statique ; il déploie un pèlerinage spirituel en développement vers l’avenir. C'est un processus régénérateur basé sur la capacité de créer un plan visionnaire, durable capable de renforcer la résilience. Ces qualités sont essentielles au développement d’une direction dans un monde complexe. Ce processus est une invitation radicale à accepter l’appel en cours de Dieu. Comme le dit sœur Joan Chittister dans son livre, « Entre ténèbres et lumière » : « Ce que nous supprimons à la lumière apparaît clairement au crépuscule. C’est alors dans le calme de la vie où on s’y attend le moins que les questions émergent de l'obscurité humide de notre monde souterrain. Des questions comme des sonnettes d’alarme qui interpellent l’âme mais qui ne viennent pas avec des solutions toutes faites. ” [9]

Les communautés transformatrices comprennent qu'elles sont appelées

à entrer dans le mystère du questionnement générateur

qui les ouvre à leur rôle prophétique dans la transfiguration de la société.

À travers ce processus de discernement, la communauté transformatrice parcourt le chemin, non pas comme un navigateur qui cherche des points sur une carte existante, mais comme un artiste regarde une toile vierge pleine de possibilités, de potentiels infinis, dans un paysage qui n’a jamais été imaginé. En faisant confiance à la créativité, l’artiste est capable d’envisager la terreur de la toile en posant la question audacieuse : Que se passerait-il si ? Face aux désaccords publics, la communauté transformatrice est appelée à une honnêteté et à une présence sans jugement, envers elle-même et envers les autres. C’est le chemin spirituel pénétrant qui consiste à intégrer à la fois les démons collectifs et les dons qui témoignent d’une présence aimante et bienveillante.

À mesure que le groupe réfléchit à ses questions d’éventualité, l'expérience de discernement permet à l'émerveillement de se dérouler sous forme de vision. Cela ressemble à l'artiste qui, à chaque coup de pinceau, permet à l'image de naître et de prendre vie sur la toile. La progression du design contemplatif implique ce type de discernement discipliné. La communauté a une idée et, à chaque étape, le chemin s'ouvre et évolue vers le résultat souhaité.

Le processus décrit dans ce graphique ci-dessous comprend les étapes suivantes : contemplation, conversation, création, réflexion et adaptation. C'est un processus actif et révélateur. Ce chemin sacré est un équilibre entre l'affirmation des dons collectifs et la sincérité reformulant les hypothèses et le cadre mental du groupe. C'est ce travail intérieur qui conduit à la conception d'une vision et d'une direction futures.

Comme le dit l'Écriture : « Si le grain de blé ne tombe en terre et ne meurt, il reste seul, mais s'il meurt, il porte beaucoup de fruits. » [10] Ce passage parle de l'importance du design contemplatif. En ces temps de changement radical, il est essentiel de laisser tomber les hypothèses, les récits et les cadres mentaux usés. Le voyage régénérateur consiste à explorer l'invitation de l'Évangile à réimaginer notre charisme et notre vision de notre temps.

L'un des processus de discernement critiques consiste à établir des scénarios basés sur des questions hypothétiques. Cette approche avec ses règles permet aux communautés transformatrices d'expérimenter à la fois ce qui peut se produire dans la réalité actuelle, et les tendances émergentes. Ce processus, à son niveau le plus profond, est une expérience spirituelle d'observation de l'univers en développement.

 

Réflexion :

Faites une pause pendant un moment et pensez à une personne, ou à une communauté où vous avez été témoin de sacrifices pour une vision transcendante plus large.

Quelles sont les caractéristiques et les qualités de cette personne ou de cette communauté ?

Asseyez-vous en silence et demandez-vous : votre communauté et vous-même avez-vous le courage de risquer une vision transformatrice de l'avenir ?

La conception contemplative nourrit le courage collectif de marcher dans l'inconnu et le risque. Il adhère à l'appel évangélique à l'agapè pour un monde nouveau et en évolution. Il s'agit à nouveau de formuler le message évangélique de manière similaire aux expériences historiques des fondateurs et fondatrices de mouvements et de congrégations religieuses. Le courage qu’ils ont eu est ce que Dieu demande à des communautés transformatrices de notre époque.

 

Action contemplative :

Le courage et la persévérance sont les deux pierres angulaires de l'action contemplative. Le courage de risquer la direction partagée en testant chaque étape et en étant réceptif à une adaptation continue. Cela signifie nourrir la volonté collective de persister et de faire confiance au mystère de l'inconnu alors que, selon le plan, commence la phase de mise en œuvre. Toute action comportera un mélange de faux pas et de succès. La communauté transformatrice s'engage à rester individuellement et collectivement dans un mode de discernement.

Les communautés ont tendance à consacrer plus de temps à la création de la vision qu'au travail ardu de la mise en œuvre. L’enthousiasme suscité par l’élaboration de la vision et de la direction s’atténue ou se dissipe souvent au quotidien. Le processus de mise en œuvre repose sur des tests et des adaptations qui mûrissent et gagnent en clarté au fil du temps. Les communautés transformatrices se rendent compte que l'action contemplative demande de la ténacité à suivre le chemin pour réaliser ce à quoi on a aspiré. Lorsque nous réfléchissons aux grands scientifiques, fondateurs et fondatrices, ce n’est pas leur attachement à une vision, mais leur détermination à voir l’aspiration se concrétiser qui a fait la différence.

La base pour comprendre l’avenir émergent se trouve dans la phase de mise en œuvre. Les communautés transformatrices souscrivent au chemin qui met à l'épreuve les hypothèses visionnaires et stratégiques, les croyances et le cadre mental. La persévérance est essentielle car la communauté ne peut pas anticiper d'événements perturbateurs spontanés : un ralentissement économique, la perte de personnel clé ou un financement, qui affectent la réalisation de la vision.

Les éléments centraux de l'action contemplative sont des étapes d'action mesurables qui établissent la responsabilité et le rendre-compte. Les caractéristiques de la phase de mise en œuvre sont toujours la reconnaissance des besoins changeants des autres et l’adaptation du plan. La complexité du monde rend les relations de collaboration indispensables pour renforcer les capacités et les investissements nécessaires pour résoudre les problèmes les plus pressants.

Les relations de collaboration ressentent souvent des tensions inhérentes selon les différentes visions d’avenir. Ces relations invitent la communauté transformatrice à approfondir sa compréhension de la mutualité, à une vision partagée et à aller au-delà de sa ‘tribu’. En théorie, bien que les concepts soient ambitieux dans la pratique, ils invitent le groupe à travailler en profondeur sur son désir de contrôle, sa propre justice et tout autre parti pris caché qui bloque la vraie réciprocité.

 

Toutes les grandes inventions de notre époque, de l’ordinateur à Internet, en passant par l’environnement, sont nées sur la base de tests et la persévérance nécessaires pour trouver la solution. Chaque grande vision commence par une question et passe à un concept qui mène à l'action.

« La foi affirme que la Parole de Dieu est énoncée à chaque époque et chaque vie humaine par l’œuvre du Saint-Esprit de Dieu. » [11] Le véritable pouvoir de l’action contemplative est la vision qui se concrétise pour notre époque à travers la collaboration et la coopération.

 

 Adaptation et apprentissage contemplatifs :

« Puisque Dieu nous appelle à faire du neuf à chaque instant, la réponse de foi est sans fin. L’écoute exige une ascèse de l'attention. Il n’y a jamais un moment (avant la mort) où la foi puisse dire : « C’est fini, c’est fini ». » [12] Cette affirmation dit que Dieu est toujours engagé, et appelle la communauté transformatrice à apprendre et à adapter le sens de son évolution. Cela permet au groupe de continuer à expérimenter Dieu à la fois connu et inconnu.

L'une des caractéristiques de l'adaptation et de l'apprentissage est la création d'une communauté résiliente en mission. C’est la capacité à s’adapter et à changer avec l’évolution soudaine des dimensions économique, politique, sociale et spirituelle. « La résilience, c’est ce qui se produit lorsque nous sommes en mesure d’aller de l’avant même lorsque les choses ne vont pas comme nous le souhaiterions. » [13] Comme nous l’avons vu, ces fluctuations se produisent souvent sans avertissement et créent des changements sismiques pour la société.

« Nous vivons aujourd’hui dans une ère de transition, au cours de laquelle les modes de pensée et de vie traditionnels disparaissent, mais sans trouver aucun nouveau moyen de les remplacer. Elle génère des doutes, de la confusion et surtout un profond sentiment d'insatisfaction. » [14]. Cette citation traite de la question et doit créer des communautés transformatrices qui démontrent leur souplesse. Dieu est activement présent à la fois dans les moments les plus sombres et les moments de lumière. Il existe un besoin collectif de cultiver la vertu d'espoir.

En période de changements importants, l’apprentissage et l’adaptation continus ne sont pas un luxe. Ces qualités sont essentielles pour atteindre toute direction audacieuse. Un élément clé est la prospective, la capacité d’explorer les questions émergentes.

La prospective, telle que décrite dans le dictionnaire Webster, est « l'acte de regarder en avant ». « La prospective est différente de la prédiction ! La prospective analyse et anticipe les futurs possibles en tenant compte de la nature fondamentalement imprévisible et incontrôlable des systèmes dynamiques complexes auxquels nous participons. » [15]

Cette vertu nous invite à faire l'expérience de Dieu, qui n’est pas une présence statique, mais qui marche avec nous pour explorer les questions émergentes. Cette présence nous aidera à participer davantage à l'univers en développement. La prospective garde en réserve le doute et les tendances émergentes alors que nous poursuivons une direction visionnaire.

 

Par exemple :

• Comment votre communauté / organisation a-t-elle été transformée au cours des six derniers mois ?

• Quel problème qui évolue aura une incidence sur votre communauté / organisation au cours des cinq prochaines années ?

• D'ici 2020, quelles capacités d'adaptation la communauté devra-t-elle développer ?

 

L'un des éléments critiques pour une communauté transformatrice est de chercher à se former continuellement. Une capacité importante consiste à voir ce qui émerge et quelles nouvelles capacités seront nécessaires pour cultiver et se développer individuellement et collectivement. Il est nécessaire d'encourager la formation continue et le développement des capacités à la lumière de l'orientation souhaitée. Nous affirmons souvent un plan sans prendre le temps d'explorer l'ajustement de transformation nécessaire pour le réaliser. Il y a une tendance à croire que nous pouvons créer une vision audacieuse et maintenir les mêmes compétences et le même cadre mental. Le discernement nous appelle toujours à quitter le connu et à entrer dans l'inconnu. Ces temps historiques nous enseignent à nouveau la discipline spirituelle de la vie collective dans le connu et l'inconnu. Cette ancienne pratique spirituelle nous invite à relâcher le contrôle et à vivre le don d’une ouverture réceptive. Il n'est pas confortable de maintenir la tension entre les deux.

Ce qui permet à la communauté transformatrice de vivre ce chemin spirituel, c'est de créer une structure en temps réel qui favorise l'apprentissage et l'adaptation en continu. Nous vivons dans un monde dont les événements changent sur une base hebdomadaire, mensuelle et annuelle, souvent sans prévenir. La communauté doit donc promouvoir une culture communautaire qui encourage l’apprentissage et l’adaptation, non pas en tant qu’idée, mais en tant que discipline vivante.

 

Résumé :

Ce qui est clair, c’est que le processus de discernement des communautés transformatrices repose sur le fait qu’il est présent au mouvement de Dieu dans un changement de paradigme important. Elles vivent les paroles de Donella Meadow : « Une vision sans action est inutile. Mais une action sans vision ne sait pas où aller ni pourquoi y aller. La vision est nécessaire pour guider et motiver l'action. Plus que cela, la vision, lorsqu'elle est largement partagée et fermement gardée en vue, fait apparaître de nouveaux systèmes. » [16]

Les communautés transformatrices créent une culture de discernement à travers la contemplation dans les domaines de la présence, du design, de l'action et de l'adaptation / apprentissage. Les communautés transformatrices reconnaissent qu'il s'agit d'un chemin sacré dans une société intégrée et diversifiée. Thomas Merton a proposé une définition de la contemplation simple, mais stimulante. Il a dit que c'était une façon d'être « pleinement actif, pleinement conscient, pleinement vivant » [17]. Cela en dit long sur le don et le défi du chemin spirituel pour la communauté transformatrice, au sein d’une culture de discernement.

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1  Murchú, Diarmuid Ó. Religious Life in the 21st Century: the Prospect of Refounding. Orbis Books, (2016) Print. 173-174

2  Ibid. 11

3  Wahl, Daniel Christian. Designing Regenerative Cultures. Triarchy Press Ltd , (2016) Print. 194

4  Anderson, Robert J., and W. A. Adams. Mastering Leadership: an Integrated Framework for Breakthrough Performance and Extraordinary Business     

       Results. Wiley, 2016.

5  Allione, Tsultrim. Feeding Your Demons: Ancient Wisdom for Resolving Inner Conflict. New York, NY: Little, Brown and, (2008). Print. 4

6  Rupp, Joyce. Boundless Compassion: Creating a Way of Life. Sorin Books, 2018. Print. 107

7  Scharmer, C. Otto. The Essentials of Theory U: Core Principles and Applications. Berrett-Koehler Publishers, Inc., (2018). Print. 27-28

8  Burger, Ariel. Witness: Lessons from Elie Wiesel's Classroom. Houghton Mifflin Harcourt, (2018). Print. 89

9  Chittister, Joan. Between the Dark and the Daylight: Embracing the Contradictions of Life. Image, 2015. Print. Introduction

10 NAB, John 12:24

11  Johnson, Luke Timothy. Scripture & Discernment: Decision-Making in the Church. Abingdon Press, (1996). 24

12  Ibid. 24

13  “Resilience and Tolerances.” Seth's Blog, 17 Mar. 2019, seths.blog/2019/03/resilience-and-tolerances/?

14  Smith, Cyprian. The Way of Paradox: Spiritual Life as Taught by Meister Eckhart. Darton, Longman and Todd, (2004) 1

15  Ibid. Wahl, 119

16  Ibid. Wahl, 147

17  Valente, Judith. “Spirit and Life Magazine.” Spirit and Life Magazine, 2019, 4.

 

 

Réimprimé avec la permission de Community Works, INC.