Communautés Transformatrices - Pionnières, Co-créatrices avec Dieu

“Notre tâche est énorme... Examiner tout ce qui nous a précédés et reconnaître que chacun d'entre nous, aussi petit soit-il, a une tâche unique de co-création - une contribution unique à apporter au monde et à l'humanité”   (Bass 267)

 

Dieu a créé le monde en sept jours, ainsi va l'histoire de la Genèse dans la tradition judéo-chrétienne. Chaque culture et chaque religion ont également une histoire de la création unique qui décrit qui elles sont et délimite leur histoire commune. Comme Diana Butler Bass le fait remarquer ci-dessus, Edwina Gateley, théologienne, écrivain et fondatrice de la Genesis House, parle de l'énormité de nos problèmes actuels et appelle chacun d'entre nous à participer à la co-création en partageant nos talents et notre énergie.  Nous avons besoin de la discipline spirituelle préconisée en 1 Corinthiens 12, 4 de la Nouvelle Bible américaine : "Il y a différentes sortes de dons spirituels, mais c’est le même Seigneur ; les services sont variés, mais c’est le même Dieu qui les produit tous en chacun."  Ce passage affirme les fruits de l'acceptation de la diversité comme une position collective. Ces dons permettent à la société de trouver des solutions communes dans les périodes de grands bouleversements.

Nous savons maintenant que la création évolue, que la co-création est en cours et que Dieu ne s'arrête jamais. De nos jours, les communautés transformatrices se joignent à Dieu en tant que co-créatrices. Comment s'y prennent-elles ? Appliquée aux communautés religieuses, la théorie des systèmes organisationnels nous aide à comprendre comment chaque communauté transformatrice peut être co-créatrice efficace avec Dieu

 

Les communautés transformatrices participent à la création de trois manières formatrices :

- En accueillant la mosaïque diversifiée du processus créatif de Dieu ;

- En menant une action contemplative qui poursuit sans cesse leur engagement social en faveur de la justice ;

- En établissant un écosystème efficace de relations pour créer des réponses à des questions complexes.

Ces trois disciplines sont des pratiques spirituelles. Elles sont ancrées dans le respect de toute la création par la justice sociale et l'engagement dynamique dans une vie interconnectée. Ces pratiques sont utilisées intentionnellement par des communautés afin d'établir une approche collaborative visant à initier des changements de ssociété pour le bien commun.

Les deux dernières décennies ont poussé notre monde à explorer de nouvelles questions. Divers problèmes mondiaux tels que les catastrophes environnementales, les tensions raciales, les crises économiques et l'immigration ont ouvert les yeux de tous sur la douleur cachée de la société. Nos âmes éprouvent un chagrin profond, se posent de nouvelles questions et cherchent des solutions rapides mais fugaces.  La pandémie actuelle a catalysé des problèmes longtemps refoulés.  Les tensions raciales, les préjugés en matière d'immigration et les inégalités économiques ont fait irruption, créant une peur et une anxiété généralisées.

Ces réalités ont créé un sentiment de désorientation.  Bruce Feiler dans ‘Life is in the Transition’, illustre cela en citant l'analogie de Margaret Atwood :

« Quand il vous arrive quelque chose, ce n'est pas du tout une histoire, mais un grand n’importe quoi ; un grondement sombre ; la cécité, une épave de verre brisé et de bois éclaté ; comme une maison dans un tourbillon, ou encore un bateau écrasé par les icebergs ou balayé par les rapides, et personne à bord pour  l'arrêter"

(Feiler208).

En d'autres termes, on ne peut souvent pas trouver la clarté au milieu de la tourmente. Les émotions d'aujourd'hui ont ainsi englouti de larges pans de la société parce que le COVID a créé un sentiment de frustration, de perte de contrôle et des changements profonds dans notre mode de vie.

Ce temps exige la fin des rhétoriques vides et des platitudes pieuses.  Des millions de gens qui ont subi des décennies d'oppression veulent des actes.  Les communautés transformatrices doivent explorer de nouvelles possibilités fondées sur la diversité, les actions contemplatives et les écosystèmes de collaboration efficaces. Ces pratiques favoriseront une attitude orientée vers l'action pour co-créer avec Dieu. Elles feront une plateforme et deviendront des pionniers innovants afin de répondre à la complexité et aux questions controversées de notre époque.

Le graphique ci-dessous illustre trois problèmes : la mondialisation, l'environnement et l'immigration. Ils génèrent, individuellement et collectivement, des bouleversements sociétaux de plus en plus importants.  Rien que l'an dernier, nous avons connu plusieurs événements qui ont provoqué une panique immédiate. La pandémie mondiale et les incendies de forêt en Californie montrent à quelle vitesse ces événements peuvent paralyser une région ou une nation entière.  La pandémie a touché de manière dramatique tous les secteurs du globe et a fait des milliers de morts. Elle a aussi créé une plus grande ouverture à la coopération mondiale et de meilleures pratiques menant à des solutions partagées. Ce niveau de collaboration a confirmé notre interdépendance mondiale.

La société se rend compte qu’il n’y a pas de solutions simples.  Par exemple, les personnes qui migrent en raison d'une crise d’une région du globe à une autre créent un stress écono-mique, social et de logement sur leur nouvelle communauté.  Ces schémas de déplacement ont soulevé des défis culturels, économiques et sociaux. Les migrants entrent dans des cultures bien établies, souvent de langues, coutumes et croyances différentes. Notre processus tradition-nel de changement ne peut résoudre les pro-blèmes systémiques actuels. Nous devons donc élaborer des solutions innovantes qui nous invitent à devenir des pionnières marchant dans l'inconnu, vers de nouveaux horizons. 

 

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         Pratiquer la diversité, l'action contemplative et les écosystèmes collabo-ratifs est essentiel pour s’adapter et créer face à des perturbations sociétales brutales et étonnantes.
 
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1ère pratique : accueillir la diversité

 

La diversité est ancrée dans la spiritualité du Deutéronome 30, 19-20 où Moïse offre au peuple d'Israël le choix ‘de la vie ou de la mort, de la bénédiction ou de la malédiction. Choisis la vie, et alors toi et tes descendants vivront ; aime l'Éternel ton Dieu, obéis-lui et tiens-toi à lui ; c'est la vie pour toi...’ Choisir en aimant et en s'attachant à Dieu, c'est accueillir l'inconnu et le mystère de la vie.  C'est un choix constant : rester enraciné tout en explorant de nouvelles perspectives. Des simples décisions : développer un nouveau passe-temps ou essayer des aliments frais, aux plus difficiles : comprendre une culture différente ou accepter le point de vue d'autrui, toutes sont des moyens de s'ouvrir à l'invitation à choisir la vie.

La valeur de la diversité ouvre l'âme à la beauté de Dieu, comme on le voit dans la genèse de toute la création.  Accepter la diversité augmente les possibilités d'explorer de multiples solutions.  Le graphique ci-dessous démontre l'importance de voir le caractère unique et le croisement de ces qualités.

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La diversité nous ouvre à la grandeur et à l'étendue de l'amour et de la bonté infinie de Dieu. Dans « Grounded », Diana Butler Bass proclame avec éloquence "Le monde, l'univers, est le ‘corps de Dieu’ : toute la matière, toute la chair, toute la myriade d'êtres, de choses et de processus qui constituent la réalité physique sont en Dieu et de Dieu. Dieu n'est pas qu’esprit, mais aussi corps"(40). Bass parle de l'émer-veillement et de la bénédiction d’accueillir Dieu dans la beauté panoramique de la vie.

La richesse de notre monde est sa diversité sous de multiples formes :

  •  La nature : arbres, fleurs, rivières et paysages

 

  • Les religions :  Christianisme, judaïsme, bouddhisme, hindouisme, taoïsme, etc.

 

  • La culture : Culture européenne, asiatique, africaine, nord-américaine et sud-américaine, et les différentes cultures qui composent ces continents.

 Pour les communautés de transformation, l'appréciation de cette splendeur diverse est fondamentale pour la co-création.

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La diversité sous toutes ses formes nous permet de faire l'expérience de l'énormité de la vie et de dépasser les limites que nous nous imposons.
 
 

Partager la variété des cultures et des peuples de l'univers nous permet d’accueillir plus profondément la richesse du pouvoir de la création. Il permet aux communautés transformatrices de devenir des témoins prophétiques d'un monde en espérance.

Le nombre croissant de manifestations mondiales comme Black Lives Matter, la Marche des Femmes et d'autres manifestations similaires ont mis en lumière les défis de la vie dans une société multiculturelle. Ces mouve-ments ont soulevé des questions profondes et inquiétantes sur l'inclusion, la liberté personnelle et les droits individuels. Les marches ont provoqué une passion vive pour résoudre les tensions raciales et l'oppression sous-jacentes. Pour la première fois, de nombreuses manifestations rassemblent des populations intergénérationnelles et culturellement diverses, qui réclament un changement systémique.

Dans « Deepening Community », Paul Born cite l'ouvrage de l'archevêque Desmond Tutu, ‘Future Without Forgiveness’, lorsqu'il décrit ainsi le concept d'ubuntu : "Mon humanité est prise, inextricablement liée, dans la vôtre." Born poursuit : "Nous appartenons à un faisceau de vies : une personne est une personne grâce à d'autres personnes. Si je suis moi-même, ce n'est pas le "je" qui identifie ce fait, mais le "nous". Nous acquérons notre identité et un sens de la finalité dans le contexte de notre communauté" (49).  Ses mots définissent le concept de base qui sous-tend le témoignage des Communautés transformatrices sur la capacité d’accueillir le "nous". Sans ce fondement, notre monde continue de valider son individualisme égoïste et son auto-destruction, ce qui augmente la tension déjà existante dans nos vies.

Les protestations en cours nous appellent à réexaminer les hypothèses et les attitudes communautaires de longue date sur l'égalité.   Les personnes qui témoignent soulignent la différence entre les normes de la minorité et la culture de la majorité. En tant que témoins prophétiques, les communautés transformatrices deviennent ferments d'espérance et canaux de changement.  Chaque jour, nous entendons des populations en difficulté proclamer qu'elles sont fatiguées des promesses creuses et exigent des résultats.

 

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Les communautés transformatrices réalisent que pour co-créer avec Dieu, il faut une conversion sincère. Ces communautés "choisissent la vie" en vénérant la beauté et le caractère unique de chaque culture avec amour et compassion.   

 

Nous le savons tous, ce voyage exigera une transformation intérieure et extérieure. Barbara Salter McNeil, dans ‘Roadmap to Reconciliation’, définit ainsi la réconciliation :

‘La réconciliation est un processus spirituel continu impliquant le pardon, la repentance et la justice qui rétablit les relations et les systèmes brisés afin de refléter l'intention originelle de Dieu de faire prospérer toute la création’ ( 26).

 McNeil met en lumière l'importance de la réconciliation en tant que pratique spirituelle pour accueillir la diversité de notre humanité. La réconciliation, par essence, crée à la fois des opportunités et des conflits, fondement de la croissance. Notre société collective doit vivre la réconciliation comme pratique continue plutôt que comme approche épisodique créée par des troubles civiques.

Desmond et MPHO Tutu ont développé un processus en 4 volets pour la guérison sociale. le ‘Livre du pardon’ ouvre à la réconciliation :

  • Raconter les faits
  • Mettre un nom sur la douleur
  • Pardonner
  • Renouveler ou libérer la relation (49)

Nous avons tous eu des faits de souffrance, de rejet ou de mépris. Souvent, lorsque cela se produit, nous voulons oublier et passer rapidement à autre chose, mais les cicatrices restent en notre esprit et notre corps. On nous rappelle régulièrement que l'holocauste a exterminé des millions de Juifs uniquement à cause de leur nationalité et de leur religion. Le récit de cette histoire est un rappel de ce qui peut se passer si on ne voit pas l'humanité de l'autre. Ainsi, le rappel de l'histoire ouvre la porte à la guérison et à la réconciliation communautaires. Les communautés transformatrices co-créent avec Dieu, et témoignent du miracle de la diversité par leur pratique spirituelle de «choisir la vie» par la réconciliation et l'amour.

 

2ème Pratique : Action Contemplative

Explorer sans cesse la diversité ouvre la porte à l'action. En pénétrant dans la beauté d'un monde diversifié, nous élargissons notre capacité à comprendre la complexité des questions essentielles. Les idées qui en résultent ouvrent le groupe à l'exploration d'une façon interdisciplinaire pour résoudre les problèmes sociaux urgents. Ilia Delio en expose la raison d'être dans ‘L'insupportable intégrité de l'être’ :

‘Quiconque a déjà aimé sait que l'amour ne se vit pas dans l'abstrait ; lorsqu'il est abstrait - en paroles seulement - il est suspect. L'amour est un acte incarné, qui s'exprime par la réalité physique. Parce que l'amour de Dieu est relationnel, le nom de Dieu indique altérité et relationnalité (77).

Cet engagement relationnel renforce le processus de co-création avec Dieu pour rajeunir les anciens systèmes et créer de nouveaux prototypes fondés sur l'amour en quête du bien commun.

Aujourd'hui, le changement climatique, les pandémies et les troubles sociaux créent des événements sismiques qui nous aident à lancer de nouvelles étapes pour recréer nos systèmes. Les migrations et l'immigration créent un monde plus interculturel. Nous sommes donc à la croisée des chemins.

La société aspire à des solutions innovantes pour les luttes sociétales à long terme. Une façon de le faire est de vivre le voyage dont les grands mystiques ont été témoins.  Leur méthodologie, fondée sur le silence contemplatif, libère l'imagination créative du groupe et le mène à l'action. Ce processus de réflexion tisse un lien entre silence contemplatif et mouvement, et permet aux communautés transformatrices de co-créer avec Dieu.

Dans une société qui exige une gratification instantanée, la question lancinante est la suivante : avons-nous la "volonté" de poursuivre l'action ? Les solutions, de par leur nature, exigent rigueur et persévérance. Les divergences culturelles actuelles sur le port du masque pendant la crise COVID sont un exemple frappant de la polarité entre les droits individuels et le bien commun. Le simple port d'un masque est devenu un accessoire politisé plutôt qu'un élément unificateur dans cette crise. Certains affirment que le port d'un masque est une atteinte à leurs droits civils et individuels ; d'autres soutiennent que le port d'un masque est nécessaire pour le bien commun et une responsabilité de bon citoyen. Ce simple conflit démontre le défi de créer et de s'accorder sur une action partagée pour le bien commun.

Les communautés transformatrices considèrent cette question et d'autres polarisantes, comme des défis nécessitant une discipline spirituelle. Cette pratique exige une intériorité collective de détachement, d'écoute des autres et souvent de compromis. Les communautés transformatrices reconnaissent qu'il devient impossible de maintenir l'équilibre entre l'individu et la communauté sans la solitude de chacun et un dialogue en vérité.

La société est à la croisée des chemins dans la recherche de solutions à un avenir inconnu. Ce n'est pas la première fois que notre culture est confrontée à ce type de défi. Aux États-Unis, dans les années 1950, le défi d'aller sur la lune nous a incités à chercher des solutions qui n'avaient pas encore été inventées ou réalisées. Dans ‘American Moon shot’, Douglas Brinkley cite le discours de John Kennedy à l'université de Rice. Cette déclaration sonne juste en ce moment historique.

...nous choisissons d'aller sur la lune au cours de cette décennie et de faire d’autres choses, non pas parce qu'elles sont faciles, mais parce que cet objectif servira à organiser et à mesurer le meilleur de nos énergies et de nos compétences, parce que ce défi est un défi que nous sommes prêts à accepter, un défi que nous ne voulons pas reporter et un défi que nous avons l'intention de gagner (363).

Ce défi témoigne du poids qu'il faut accorder à la création d'une vision de transformation. Il exige un courage collectif pour se détacher des modèles mentaux et des schémas de compor-tement qui bloquent le processus de trans-formation.  Qaund les communautés transformatrices co-créent avec Dieu, elles réalisent les paroles de Kennedy pour leur génération.

 

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Aujourd'hui, la société a besoin de discerner l'urgent, de voir avec audace et de s’ engager à agir.
 
 

Comme pour le tir vers la lune, nous devrons rester engagés dans une approche à phases multiples pour prendre la bonne direction.

La question est donc : comment ? Le graphique ci-contre présente les éléments du processus de l'action contemplative : questions, hypothèses et action. En tant qu'humains, nous aspirons par nature à explorer l'inconnu. Lorsque nous explorons quelque chose de nouveau, tout commence par des questions. Elles ouvrent l'esprit et le cœur pour exprimer les postulats qui mènent aux hypothèses, à l'action et à l'adaptation continue..

Lorsque nous posons des questions approfondies, elles nous poussent à explorer nos hypothèses.  Ce processus évolue lentement vers une hypothèse ou un concept, sur une réalité future. La délibération évolue vers une plus grande clarté, qui se projette dans une approche audacieuse. Alors, on a tendance à croire le processus est achevé.

 

 

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L’ étape suivante, difficile, est la phase de mise en œuvre. Il existe deux niveaux de conception et de mise en œuvre du processus créatif.  Lorsque le groupe décide d'un plan d'action, il passe à la phase de mise en œuvre. À ce stade, la direction adoptée se heurte à la réalité, qui correspond rarement parfaitement. Certains éléments réussissent alors que d'autres vacillent et nécessitent une adaptation. C'est pourquoi la mise en œuvre est souvent un processus qui laisse perplexe. Alors que le nouveau modèle entre dans la réalité et rencontre des résistances, il exige un apprentissage, une transformation et une vigilance constants. La question tacite mais poignante à laquelle sont confrontées les communautés de transformation est la suivante : "Le voulons-nous vraiment ? " Il s'agit d'une question vitale car le défi de la mise en œuvre de toute vision ou action se heurte à des exaspérations, appelant à persévérer et à croire en l'impossible qui devient possible.

Le succès de toute nouvelle entreprise exige une volonté de se détacher des aspirations initiales. On a tendance à croire que ce à quoi on aspire résoudra automatiquement la situation ou conduira au résultat souhaité. C'est pourquoi tout nouveau concept, toute nouvelle idée ou toute nouvelle activité franchit souvent plusieurs étapes pour atteindre le but.

Le voyage des États-Unis vers la lune est un exemple que souvent une vision audacieuse peut prendre des décennies à se réaliser. La perspective d'aller sur la lune n’était qu’un concept sans la capacité de le réaliser. Il a fallu un changement radical dans chaque système pour développer la science, la technologie, un écosystème de ressources collaboratif pour réaliser le rêve.

3 phases avaient un nom, et chacune  un but unique : Mercury, Gemini et Apollo. Mercury devait vérifier la capacité de lancer un vaisseau spatial, de faire le tour du globe et d'en revenir en toute sécurité. Gemini se concentrait sur des éléments essentiels tels que : vivre longtemps et marcher dans l'espace, et d'autres capacités nécessaires pour voler vers la lune. Enfin, Apollo signait le processus d'aller sur la lune et de revenir sur terre en toute sécurité. Chaque étape a exigé un engagement intense pour élargir les connaissances, imaginer de nouveaux instruments et créer une technologie jamais conçue auparavant. Elle demandait aux personnes de risquer leur vie pour une entreprise qu'aucun humain n'avait jamais connue.

L’aventure a nécessité un acte de courage collectif, tant de la part du pays que des personnes impliquées. Chaque organisation sociétale a commencé à réimaginer son objectif pour s'aligner sur cette vision. Un engagement national total dans tous les secteurs de la société a permis de risquer cette vision transcendante.

La pandémie pose à notre génération les mêmes questions et exigences. Nous sommes confrontés à de nouveaux défis à l'échelle mondiale et à l'impératif de redynamiser nos organisations pour un avenir encore invisible.  Dans ‘Feuille de route pour la réconciliation’, Brenda Salter McNeil cite une déclaration anonyme : "Les grandes réalisations ne naissent pas d'une vision unique mais de la combinaison de plusieurs points de vue distincts. Les défis de la diversité, les hypothèses, les esprits ouverts libèrent notre potentiel pour résoudre tout problème auquel nous pouvons être confrontés" (69). Les communautés transformatrices acceptent ce défi de co-créer avec Dieu.

 

3ème Pratique :  Etablir un Ecosystème Collaboratif

En 2015, le pape François a publié sa deuxième encyclique, Laudato Si, avec le sous-titre "Sur la sauvegarde de notre maison commune". Ce document nous invite à considérer toutes les organisations et tous les systèmes comme étant étroitement unis et nous demande de répondre à l'écologie interne du monde. C'est le travail essentiel des Communautés de transformation au XXIe siècle. Le pape François a dit dans Laudato Si : "Chaque organisme, en tant que créature de Dieu, est bon et admirable en soi ; il en va de même pour l'ensemble harmonieux des organismes existant dans un espace défini et fonctionnant dans un système" (140). Au cours de la dernière décennie, nous en sommes venus à apprécier la valeur des écosystèmes dans tous les aspects de la vie.

Les organisations ont tendance à explorer les concepts d'abondance et de diminution à partir de leurs ressources internes. Et si la question centrale était : si nous examinions notre écosystème relationnel, pourrions-nous recadrer notre réflexion sur la diminution et l'abondance ? Pourrions-nous mieux comprendre la diminution si nous examinions un cadre plus complet ?  Souvent, lorsque les groupes explorent leurs liens relationnels, ils s'ouvrent à une collaboration potentielle et à d'autres solutions possibles. En posant ces questions, on les fait passer d'une perspective limitée à une considération plus extérieure à leur cadre.

Par exemple, le sol qui crée notre nourriture est un système intégré tissé par des bactéries, des champignons, des vers de terre, des amibes et des protozoaires. C'est la puissance de ces différents agents en interaction qui nous nourrit. Nous voyons ce cadre dans nos vies, de la nature à la maison, de l'école au travail. C’est un ensemble de relations puissantes, inter-connectées et entrelacées. En prenant un moment de réflexion, nous pouvons saisir le réseau de connexions au sein de notre communauté.

Le graphique ci-dessous représente un écosystème de relations pour une école. Il illustre la manière dont une école dispose d'une variété de relations connectées pour atteindre les résultats scolaires de ses élèves. L'école est un système ouvert plutôt qu'un ensemble fermé de relations. Ces relations favorisent la croissance et le développement de l'élève, de la commu-nauté locale et d'autres institutions sur le web.

Les communautés transformatrices reconnaissent au fond qu'elles sont plus solides grâce à une participation active dans leurs relations. Elles acceptent d'être un système ouvert plutôt que fermé.  Ilia Delio affirme dans Making All Things New : "L'organisation d'un système disponible est l'ensemble des relations entre ses composantes, ses structures et l'incarnation physique de son organisation relationnelle" (120-121).  C'est un changement important pour une organisation que de devenir un système ouvert plutôt qu'un système fermé.

Lorsqu'un groupe s'ouvre à des relations élargies, il approfondit et les dons et les barrières de ses interconnexions. Par exemple, la collaboration sur les questions environ-nementales met en évidence à la fois les valeurs communes et les différences au sein du groupe, les membres s'efforçant de définir des priorités et des mesures. Ces relations ouvrent les groupes à une appréciation renouvelée de leurs valeurs, de leurs styles de leadership et de leur appel à l'action. Elles offrent un espace de contempla-tion pour rechercher une plus grande clarté de leurs objectifs, basée sur la recherche collabo-rative de solutions autour d'un problème social critique.

Etre connectée est essentiel pour que la communauté puisse "choisir la vie".”

 
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Choisir la vie, c'est favoriser la pratique spirituelle consistant à affirmer que la nature fondamentale de la vie est d’être interconnectée. 
 
 

De nombreuses cultures croient au mythe de l’humain fort. En revanche, le monde a commencé à comprendre et a entrepris de créer une communauté plus large et plus connectée pour résoudre les problèmes les plus urgents. La pandémie actuelle a démontré qu'un virus qui commence dans une partie du monde a un impact néfaste et involontaire sur tous. L'épidémie a montré que la recherche de solutions nécessite le partage des ressources et des connaissances entre les pays. Ce niveau de collaboration réduit la contagion d'une nation à l'autre.  Alors que nous progressons ensemble dans la compréhension de cette discipline spirituelle, nous élargissons l'éventail des solutions possibles.

 

Les communautés transformatrices savent la sagesse d'établir des relations et des réseaux de collaboration pour résoudre des problèmes sociaux complexes. Les changements importants exigent généralement une approche interdisciplinaire.  Par exemple, la majorité d'entre nous pense que le sans-abrisme est un problème de logement.  C'est en partie vrai, mais certaines personnes ne seraient pas sans abri si elles avaient un travail et une gamme de logements abordables. D'autres, qui souffrent de maladies mentales ou sociales débilitantes, ont besoin que la société leur fournisse un soutien psychologique intense et un espace de vie.  Les communautés transformatrices comprennent que les questions sociales exigent un engagement rigoureux pour une approche inter-disciplinaire qui favoris des solutions pertinentes.

 

Une communauté transformatrice individuelle réalise que sa mission et ses services répondent à un problème particulier : aucune organisation ne peut à elle seule répondre à tous les besoins. Pour opérer un véritable changement systémique, elle doit donc former une coalition de partenaires aux dons divers. Elles doivent continuellement encourager et affirmer leur rôle avec d'autres dans un écosystème plus étendu.

 

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L'expérience spirituelle des relations de collaboration aide les groupes à appré-cier les ressources infinies de Dieu.
 
 

Ces associations créent le paysage pour co-créer avec Dieu, en cherchant des réponses pour aujourd'hui. Les réseaux, la collaboration et d'autres liens offrent aux communautés transformatrices de vastes ressources pour co-créer avec Dieu. Elles font passer les cadres (pensée, action) de la diminution à l'abondance et promeuvent l'espérance et la passion d'agir.

 

Conclusion

Diversité, action contemplative et écosystèmes collaboratifs ne sont pas trois pratiques distinctes. Il s'agit d'efforts entremêlés qui, lorsqu'ils sont liés, créent une approche intégrée pour résoudre des problèmes complexes.

Dans ‘Ré-Enchanter la Terre’, Delio dit : "L'amour tend vers ce qui est au fond de nous et nous attire ensemble dans une nouvelle unité au-delà de nos moi partiels. L'amour nous fait voir le monde et tout ce qui s'y trouve dans une fraîcheur vibrante, une fraîcheur profonde" (xxvi ). C'est le pouvoir de la diversité, de l'action contemplative et d'un écosystème dédié de créer continuellement la fraîcheur que Delio célèbre. La diversité et un écosystème collaboratif font passer la communauté transformatrice de l'isolement à la connexion, ouvrant ainsi de nouvelles opportunités de création.

Selon Daniel O'Leary dans ‘An Astonishing Secret’, "la création est un réseau de relations - une sorte de corps mystique. Tout dans l'univers est connecté. Nous sommes tous un, nous faisons tous partie du champ d'énergie unique, de la source créative unique, du créateur unique et aimant" (203).  La communauté de transformation, dans son essence, prend à cœur ce message par son ouverture à la diversité, à l'action contemplative et aux écosystèmes de collaboration.

 

Sources

 

Bass, Diana. Grounded: Finding God in the World. Harper One: Greenville, SC, 2015.

Born, Paul. Deepening Community.Berrett-Koehler: San Francisco, CA, 2014.

Brinkley, Douglas. American Moonshot.NY: HarperCollins, 2019.

Delio, Ilia. Making All Things New: Catholicity, Cosmology, Consciousness. Orbis: Maryknoll, NY, 2015.

________. Re-Enchanting the Earth: Why AI Needs Religion. Orbis: Maryknoll, New York, 2020. ________. The Unbearable Wholeness of Being: God, Evolution, and the Power of Love. Orbis:              

                     Maryknoll, NY, 2014

Wcisel,  Mary.  Graphic Designs, 2020.

Feiler, Bruce. Life Is In the Transitions. NY: Penguin, 2020.

Francis, Pope. Encyclical Letter. Laudato Si’. (24 May 2015).

McNeil, Barbara Salter. Roadmap to Reconciliation.  IVP: Downers’ Grove, IL, 2016.

New American Bible. USCCB: Washington, DC, 2010.

O'Leary, Daniel.  An Astonishing Secret. Dublin: Columba Books, 2017.

Tutu, Desmond. No Future without Forgiveness. NY: Doubleday, 1999.

Mark Clarke

 

L'auteur et consultant, Mark Clarke, est consultant principal pour CommunityWorks, Inc.  Il est disponible pour des consultations et se réjouit de pouvoir discuter avec vous de vos réflexions et de vos questions sur ses écrits.

Pour plus d'informations sur l'utilisation de son article et de ses concepts, veuillez le contacter à l'adresse mark_5777@msn.com  ou par téléphone au 616-550-0083. Des articles supplémentaires sont disponibles sur le site web de CommunityWorks, Inc.: cworksindy.com/publications.